L'attente fut longue avant de s'élancer pour cette seconde étape : 1H30 de remontée de la rivière de Caen, 2 heures de stand by dans l'écluse, et une heure supplémentaire pour se faire plomber l'arbre d'hélice ; autant dire que la journée commença vraiment vers 17H00 au moment du top départ.
A peine sortis du parcours banane en baie de Ouistreham, les 47 concurrents de la Solitaire se faisaient rincer par un énorme grain orageux, avec des claques à 40 nœuds et des trombes de pluie. Le ton était donné dans cette étape longue de 450 miles nautiques !
Les difficultés qui jalonnent ce trajet mythique entre la Normandie et le Leinster, la province de Dublin, ne manquent pas : le Raz Blanchard, puis la traversée de la Manche, en passant par Land's End (la pointe Ouest Britannique), la remontée en Mer Celtique et enfin le canal Saint-Georges en Mer d'Irlande.
Les concurrents ont eu du fil à retordre, au près dans 25/30 nœuds de vent constant pendant 48 heures, la mer forte et cassante a usé les bateaux et les hommes. Les chocs permanents contre les vagues, l'humidité constante à l'intérieur comme à l'extérieur des Figaros, le soleil ravageur, les chutes, la fatigue, voici un petit aperçu du quotidien des navigateurs pendant ces 3 jours !
Le passage de la dorsale après le phare de Long Ship, tout a l'ouest de la Cornouaille Anglaise, n'aura pas laissé plus de répit aux skippers, qui ont du rester concentrés dans cette zone de vent erratique où le moindre relâchement faisait irrémédiablement perdre le contact du paquet.
Enfin les 120 derniers miles ont été avalés a une vitesse vertigineuse. La dépression attendue la dernière nuit avec ses vents de Sud Ouest atteignant parfois 35 nœuds en rafale, a propulsé les concurrents sous spi, affolant parfois les compteurs à plus de vingt nœuds. Les conditions tout au long de ce parcours n'auront pas épargné les marins qui sont arrivés mercredi matin dans la baie de Dublin plus épuisé les uns que les autres.
Notre navigateur, Loïc, positionné dans le paquet jusque sous les côtes anglaises a malheureusement été décroché du peloton en virant un peu trop tôt dans la baie de Plymouth.
Pas découragé pour autant, Loïc a cravaché les 24 dernières heures pour essayer de recoller. Ainsi, lorsque le vent rentre au Sud Ouest, Loïc cavale sous spi, il attaque, il est seul sur le plan d'eau, mais il ne lâche rien, le vent forci, le bateau accélère, 15, 16, 17, 18, 20 nœuds au compteur. Ce bord de spi est fantastique, cela fume dans tout les sens !!
Et comme par magie, 15 miles avant l'arrivée, il s'aperçoit que le paquet quelques miles devant lui est "tanké" sous la falaise. Loïc décide alors de faire "le tour de la paroisse", selon sa propre expression, pour rester dans un vent plus soutenu ; il contourne donc cette zone sans vent par le large et rattrape quelques minutes précieuses. Il finit même par doubler 5 bateaux et termine la course deux heures derrière le leader et 7 secondes devant Thomas Ruyant, dernier vainqueur de la Route du Rhum en Class 40 !
La fin lui sourit un peu plus : les dieux du vent lui ont fait un petit cadeau d'anniversaire en lui montrant la voie à suivre, comme pour lui dire "Welcome in Ireland and Happy Birthday" !
Psychologiquement, Loïc a marqué des points malgré une étape difficile. Le classement est modeste, 38ème même si la progression est incontestable.
Côté technique, le bateau n'a pas trop souffert et aucune casse n'est à signaler alors que 24 spis adverses ont explosé dans la même temps.
Loïc est regonflé à bloc, et enchaîne depuis son arrivée de longues nuits de recuperation, et scéances de kiné. Toujours déterminé, il n'a pas dit son dernier mot, puisque plus de la moitié du chemin reste encore à parcourir !
Rendez-vous dimanche prochain à 12H00 pour le départ de la 3ème étape...
Un grand MERCI pour les nombreux messages de soutien qui l'encouragent depuis le début de la régate... continuez !